Histoire

 

Musique et Danse country D'hier à aujourd'hui....

Texte de Bernard Pednault                                                                                    

Sources : Différents sites Web dont Country Webzine, Histoire de la Country Music, Histoire de la

               Country Music Dance et Canadian Encyclopédia.

 

Première partie

 

Introduction…

 

L’idée que l’on se fait de la Musique Country se limite bien souvent à quelques clichés, grands espaces, cow-boys, blondes platine et idéologie réactionnaire.  La réalité recouvre une situation infiniment plus complexe.  Musique préférée des blancs du sud des États-Unis, elle appartient à l’histoire américaine, traçant une ligne continue entre les pionniers et l’Amérique d’aujourd’hui.  La Musique Country a évolué par étapes successives mêlant ses propres genres à d’autres cultures venues d’Europe ou d’Afrique, mais elle est également liée à la géographie de son pays.  Pour ce qui est de la Danse Country, il est bien difficile d’ébaucher une histoire, même sommaire, alors que les visions, les interprétations, les avis divergent entre les pays, les organismes et les danseurs eux-mêmes.  Pour l’Amérique profonde, la Danse Country est avant tout la danse en couple.  C’est pourquoi, il serait bien audacieux de vouloir définir la Danse Country, tant la diversité des courants est grande. On peut donc dire, tout comme pour la Musique Country, qu’il n’y a donc pas ‘une’ Danse Country mais de multiples courants qui intègrent de nombreuses spécificités venues des danses telles que ‘valse, polka, mazurka, square, cuban…’ dont elles sont issues.  Nous essaierons donc de couvrir ce phénomène qu’est devenue la Musique Country et par le fait  même, l’évolution qu’a connue la Danse Country jusqu’à aujourd’hui.

 

La Musique Country… ses origines

 

Aux États-Unis…

 

Lorsque les immigrants anglais et irlandais s’installent dans le massif des Appalaches, ils doivent affronter des conditions de vie rudes et misérables.  Le dimanche, on se retrouve à l’église pour prier, chanter des cantiques et des airs traditionnels celtiques.  Dans leurs montagnes, ces trappeurs, bûcherons, fermiers ne sont guère touchés par l’autre musique Américaine, issue du classique mais aussi de la variété de cabaret.  En quittant l’Europe, l’anglais avait apporté avec lui dans son bagage, son violon, c’est cela que découvrira l’explorateur « Cecil J. Sharp » en 1916 : une tradition intacte et quasi inaltérée.  Il collecte environ 1700 ballades anglaises, écossaises et irlandaises, qu’il annote et qui constitueront une documentation remarquable sur les début de la Musique Country.  Il découvre aux côtés de ces ballades inchangées, des paroles qu’il emprunte désormais à la vie des Appalaches. « Stephen Foster » s’inspire aussi des thèmes entendus lors de ses voyages, et compose « Oh Susanna », interprétation qui a été reprise au cours des dernières années par le groupe « Yamboo ».  D’autres compositeurs dont « George Cooper et James Bland » font de même et ont ainsi joué un rôle important dans la naissance d’un folklore anglo-américain.

 

Mais l’Amérique s’industrialise très vite, et vers la fin de 19ème siècle, l’exploitation du charbon dans les Appalaches commence.  Pour cela, il faut des routes, parfois des voies de chemin de fer.  C’est ainsi que le massif s’ouvre à la civilisation.  Si beaucoup de blancs arrivent, attirés par l’argent possible à faire, il y a aussi de nombreux noirs qui fuient leur condition de vie (esclavage…).  Pour les habitants déjà en place, le choc culturel est énorme, car c’est la première fois qu‘ils voient des noirs.  Ceux-ci amènent avec eux la guitare (qu’ils avaient eux-mêmes repris aux Vaqueros Mexicains).  Mais cet instrument est difficile à fabriquer et coûteux.  C’est ainsi qu’au début du 20ème siècle se développe le banjo, car il a l’avantage d’être facile à fabriquer et plus aisé à la fusion des Appalaches.  La fin du 19ème et le début du 20ème siècle voient une nouvelle vague d’immigrants arriver.  Ils viennent d’Europe et amènent avec eux leur tradition : Italie (mandoline), Tchèque et Polonais (valses, polka…).  Parallèlement à tout cela, les îles Hawaii sont annexées par les États-Unis en 1898, et attirent l’engouement de Américains pour ce territoire.  Là subsiste une guitare introduite par les Mexicains en 1830, mais dont les Hawaiiens modifient le jeu : à plat sur les genoux en faisant glisser un tube de métal sur les cordes.  Ce sont les spectacles hawaiiens qui sillonnent les États-Unis depuis l’annexion en 1898, qui font découvrir aux Américains leur musique et cette nouvelle guitare (nouvelle façon aussi d’en jouer).  Leur jeu est virtuose et rempli de swing, ce qui a pour effet de stupéfier les Américains.  C’est en 1915 que les premiers enregistrements de musiciens hawaiiens sur le territoire américain se feront, et auront pour conséquence de devenir un élément à part entière de la Musique Country.

 

Mais comment se faisait connaître la Musique Country, et comment évoluait-elle?  Une partie de la réponse se trouve dans les « tent shows ».  Ce sont des théâtres ambulants qui circulent à travers tout le territoire à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.  Ces tournées de Vaudeville constituent souvent l’unique attraction du village visité, et attirent par conséquent une foule énorme.  Ce sont les chanteurs de Vaudevilles qui feront connaître (en partie) la Musique Country aux endroits les plus reculés, ce qui aura aussi pour conséquence de démontrer aux habitants des Appalaches qu’ils peuvent vivre de leur talent musical.  C’est sur ce modèle qu’apparaîtront bientôt les premiers « médecine shows », (spectacles ambulants qui ont pour but de vendre des remèdes douteux…) et qui présentent des artistes locaux.  Peu à peu, certains de ces artistes acquièrent une certaine notoriété qui leur permet de s’exporter. C’est ainsi que naît une musique commerciale appelée alors « Hillbilly Music » baptisée ainsi par « Al Hopkins » lorsque descendu de ses Appalaches pour enregistrer ; le producteur « Ralph Peer » lui demande quel style de musique il joue, il répond : « we’re just a bunch of hillbilly from North Carolina and Virginia.  Call it anything you want ».  C’est ainsi qu’est né le terme de « Hillbilly Music », signifiant littéralement : musique des péquenots. 

 

Aux États-Unis, la Musique Country connut sa première période de popularité à la fin des années 1920, comme le montre le grand succès d’interprètes, tels que « Vernon Dalhart, Jimmie Rodgers ».  « The Singing Brakeman », première vedette de la Musique Country qui influença « Wilf Carter » et, surtout, « Hank Snow », « la famille Carter » des États-Unis et plusieurs groupes instrumentaux.

 

Au Canada…

 

La Musique Country fut introduite auprès des auditoires canadiens par la radio des États-Unis.  Les premières émissions aux stations WBAP, Fort Worth (à partir de 1923), WLS, Chicago (WLS Barn Dance, 1924) et WLS, Nashville (Grand Ole Opry, 1925), tout comme celles, ultérieures, de l’influente station WWVA, Wheeling, Virginie, furent entendues dans de nombreuses régions du Canada.  Les émissions de George Wade and His Cornhuskers à la station CFRB, Toronto, en 1928, et de Don Messer à CFOB, Saint-Jean, N.-B., en 1929, marquèrent bientôt les débuts de la Musique Country à la radio canadienne. Les violoneux américains Eck Robertson et Henry Gilliand sont cités comme les premiers interprètes Hillbilly des États-Unis à avoir enregistré en vue d’une diffusion commerciale (Victor, 1922). Cependant, des instrumentistes traditionnels canadiens français enregistrèrent dès 1918, tel le violoneux « J. B. Roy » chez Victor.  En 1925, Le catalogue Apex comportait déjà des 78 tours de plusieurs musiciens traditionnels canadiens anglais dont le violoneux « Percy Scott, Dennis O’Hara et Jock McDonald », de même que « Billy Russell », harmoniciste et joueur d’ukulélé.

 

En 1932, « Wilf Carter » adopta le nouveau style commercial et « A. Hugh Joseph » en fit l’enregistrement chez Canadian Victor.  Sa chanson « My Swiss Moonlight Lullabye » fut un succès national, le premier au Canada gravé par un Canadien.  Sa popularité incita Victor à enregistrer d’autres Canadiens, notamment « George Wade » (1933), « Hank Snow » (1936) et « Hank Larivière » (1941). Toutefois, le succès des disques canadiens demeura limité à cause de la nature restreinte et mal définie du marché au pays.  Ainsi, durant de nombreuses années, la présentation individuelle de spectacles et le travail à la radio demeurèrent les principales activités des interprètes canadiens de Musique Country, notamment les groupes populaires au niveau régional tels que les « Gully Jumpers, Charlie Hannigan and His Montaineers, Billy Hole and the Livewires à Toronto, Bert Anstice », qui se firent entendre sur les ondes de la CCR à Montréal, et les « Red River Mates d’Andy DeJarlis » à Winnipeg.  Les « Cornhuskers » furent probablement le premier groupe country à faire des tournées à l’échelle nationale, des Maritimes aux Prairies, durant les années 1930.

 

Au Québec…

 

Cette popularité pour la Musique Country fut marquée par les premiers enregistrements, au milieu des années 1940, de « Paul Brunelle » et de « Willie Lamothe ».  Elle était inspirée des styles des États-Unis plutôt que de la musique traditionnelle canadienne française et comportant un répertoire de chansons originales et de traductions de succès Américains.  Les premières chansons de « La Bolduc » et du « soldat Roland Lebrun » montraient une certaine ressemblance avec le country au niveau du sentiment exprimé et des thèmes abordés.  Dans La Chanson Québécoise (Montréal 1974), Benoit L’Herbier écrivait :… le succès du western au Québec s’explique aisément.  Comme les Américains moyens, les Québécois, en majorité cultivateurs, habitant la campagne, près de la terre, éprouvaient les mêmes sentiments devant la vie, l’existence et le monde… Leur monde de simplicité pleura la disparition de « La Bolduc », s’attarda au « soldat Lebrun ».  Le western leur apparut comme une suite logique.  D’ailleurs, les « chansons de cow-boy » possédaient les saveurs folkloriques, adaptées à un climat moderne.  D’autres pionniers de la Musique Country au Québec dans les années 1940 et 1950 furent « Bobby Hachey, Marcel Martel, Paul Ménard, Roger Miron, Ti-Blanc Richard et Oscar Thiffault ».  Plus tard, « Lévis Bouliane, André Breton, Denis Champoux, Julie et Paul Daraîche, Armand Desrochers, Elaine, Régis Gagné, Georges Hamel, André Hébert, Marie King, Carole Laure, Renée Martel, Patrick Norman, Claude Patry, Larry Robichaud, Jerry et Jo’anne, Gildor Roy et Rock Voisine » s’ajoutèrent au nombre des vedettes country.  Le succès du « Festival Western de Saint-Tite », établi près de Shawinigan en 1968, témoigne de la grande vogue de cette musique au Québec.     

 

Seconde partie

 

Sa croissance en popularité et sa diversification de style…

 

Plusieurs facteurs contribuèrent à accroître la popularité de cette musique aux États-Unis.  Le bouleversement social causé par la dépression des années 1930 et de la Deuxième Guerre mondiale rapprocha les gens des divers milieux et entraîna la fusion et le nivellement des goûts musicaux.  On assista à l’avènement des films de Hollywood mettant en vedette des « Cow-boys chantants » comme « Gene Autry, Tex Ritter et Roy Rogers », dont les styles étaient intentionnellement modérés afin de plaire au public des villes.  Enfin, les auteurs compositeurs de « Tin Pan Alley » adoptèrent certains procédés superficiels de la Musique Country.  Le Canada suivit ces tendances, pour les maintenir jusqu’aux années 1950.  Elles furent marquées par la popularité persistante des « Carter, Snow et Earl Heywood », de même que par l’émergence, entre la fin des années 1930 et le début des années1950 de nouveaux interprètes, notamment les « Bunkhouse Boys, les Hillbilly Jewels (incluant Joe Brown, plus tard le patriarche de la Family Brown) et Tex Cochrane » dans les Maritimes, « Sid Plamondor and His Western Pals » en Ontario, les « Happy Wanderers, Cammie Howard and His Western Five et Mac Beattie » à Ottawa, ainsi que plusieurs autres.  Plusieurs des principaux violoneux du Canada commencèrent également leur carrière à cette époque. 

 

Ailleurs au pays, les Provinces Maritimes incluant Terre-Neuve ont eu une Musique Country semblablement autosuffisante. Beaucoup des exécutants s’inspirent, pour leurs chansons, de sujets locaux et de traditions folkloriques régionales, de même que de l’œuvre d’autres artistes country de l’Est du Canada.  Parmi ceux-ci, on note « Omar Blondah » (Terre-Neuve) et « Charlie MacKinnon » (Cap-Breton).  Quelques interprètes de l’Est canadien des années 1970, « Stompin’ Tom » « Connors, Harry Hibbs, Dick Nolan, Roy Payne, Michael T. Wall et d’autres » ont misé sur leurs origines et ont connu une grande popularité dans les autres provinces, là où des émigrants de l’est du Canada étaient venus s’établir, en particulier à Toronto.

 

Après son déclin en popularité au milieu des années 1950 en partie à cause de la montée du rock ‘n’ roll, la Musique Country reprit du terrain au cours des années 1960, en s’appropriant des éléments d’autres styles populaires.  Plusieurs artistes au Canada, tels « Tommy Hunter, les Mercey Brothers, Stu Phillips, les Rhytm Pals et plusieurs autres » abandonnèrent l’accompagnement traditionnel, en faveur d’un autre plus sophistiqué et d’un style vocal country moins caractéristique.  Réciproquement, « John Allan Cameron, Shirley Eikhard, Rita MacNeil et Anne Murray » entre autres, qui n’étaient pas identifiés spécifiquement au country, furent influencés par cette musique et furent populaires auprès des auditoires country.

 

La fusion des chansons et de l’instrumentation country, avec les rythmes et attitudes rock qui ont eu lieu à la fin des années 1960 dans la musique des « Byrds, de Poco » et d’autres groupes Américains, fut annoncée par l’ensemble « Great Speckled Bird »  associé à « Ian and Sylvia », et adoptée par la suite au Canada par les « Good Brothers, Ronnie Hawkins, Danny Hooper, Murray McLauchlan, Sue Medley, Matt Minglewood, One Horse Blue, Colleen Peterson, Prairie Oyster, Rock ‘n’ horse et Jesse Winchester », pendant une partie ou la totalité de leur carrière.  Un important courant de Musique Country s’est aussi manifesté tout au long des années 1970, 1980 et au début des années 1990 chez des artistes établis ou plus jeunes, tels que « Carroll Baker, Bootleg, Marie Bottrell, Canadian Zephyr, Glory-Anne, Terry Carisse, Errol Ranville, le C-Weed Band, Eddie Eastman, Family Brown, Gary Fjellgaard, George Fox, Gilles Godard, Dallas Harms, le Midnite Rodeo Band, Anne Murray, Chris Nielson, Anita Perras, Ronnie Prophet, Donna Ramsey, Lee Roy, R. Harlan Smith, South Mountain, David Thompson et Laura Vinson ».

 

Beaucoup de chanteurs ou groupes des années 1980, dont « Blue Rodeo, Ray Condo and the Hard Rock Goners, les Cowboy Junkies, les Dots, Grevious Angels, Junior Gone Wild, Rang Tango, les Razorbacks et surtout K. D. Lang ont intégré de nouveaux éléments aux styles country traditionnels ou, à l’inverse, des éléments country dans la musique rock et pop, tout en présentant cette musique à un plus vaste public.  Lang a également participé au mouvement néo-traditionnaliste des années 1980, comme l’a fait le « Great Western Orchestra ».

 

Troisième partie

 

Old Time Music…

 

La venue du phonographe aura permis la propagation de la musique aux États-Unis.  Il a été commercialisé au début du 20ème siècle, surtout dans les régions urbaines des États-Unis avant la Première Guerre mondiale.  La production de disques était donc essentiellement tournée à ce moment-là vers le public urbain du nord, avec la musique classique, les opéras et beaucoup d’airs à la mode.  La guerre finie, le niveau de vie augmente.  Parallèlement à cela, le coût de production du phonographe diminue et permet la fabrication en série de cet appareil, ce qui aura pour conséquence d’en augmenter les ventes et par le fait- même la diffusion de la musique. Puis apparaissent des maisons de disques qui deviendront vite très importantes. Tout naturellement, celles-ci vont rechercher de nouveaux marchés, de nouvelles musiques.

 

Vu le potentiel du Sud jugé très prometteur ainsi que la multiplication des styles musicaux et des programmes que passent les radios locales, de nouvelles possibilités vont s’ouvrir.  Il faut savoir qu’en 1922, le Sud comptait déjà 500 stations de radios.  Leurs émissions de radio étaient destinées essentiellement à un public rural, dont le niveau de vie ne cessait d’augmenter; elles étaient souvent faites dans des hangars ou des granges désaffectées et il n’était pas rare que le samedi soir, les familles entières se réunissaient autour de la radio afin d’écouter les musiques, ce qui multipliaient encore les possibilités d’atteindre l’auditoire.  La demande pour obtenir les disques des artistes entendus à la radio se fait de plus en plus grande.  Fort de ce succès, deux de ces artistes qui avaient l’habitude de passer à la radio décident de tenter leur chance à New-York en 1922.  L’un s’appelle « Eck Robertson » (né en 1887 dans l’Arkansas), l’autre s’appelle « Henry Gilliand » et est âgé de 74 ans.  Ils gravent 6 titres les 30 juin et 1er juillet 1922 :  2 sont des duos de violons, 2 des solos par « Eck Robertson », et les 2 autres pièces sont jouées accompagnées d’un pianiste de studio.  C’est un an plus tard que la maison de disque « Victor » décide de les commercialiser sous forme de 78 tours :  « Sally Goodin et Arkansas Traveler ».  Contre toute attente, le succès est tout à fait conséquent, et notamment bien sûr, dans le sud Appalachiens.  Involontairement, « Eck Robertson et Henry Gilliand » venaient de graver sur disque les premiers morceaux de Musique Country.  Suite à leur succès, des découvreurs de talents partent dans le sud et enregistrent des centaines d’artistes, à l’aide de studios mobiles qu’ils installent dans des granges, des chambres d’hôtels, des boutiques de disques, ou bien avec l’aide de studios de radios locales.  Le centre naturel de cette nouvelle activité allait vite être « Nashville », seule ville d’importance dans le sud des Appalaches, et lieu de rencontres économiques, commerciales et musicales.

 

Dès 1925, une station de radio de Nashville qui est financée par une compagnie d’assurance, présente un programme hebdomadaire sur la musique « Old Time ».  Cette émission va atteindre rapidement une extrême popularité avec le présentateur « Georges D. Hay » qui lui donnera le nom de « Grand Ole Opry », du nom de l’émission qui suivait sur la musique classique.  Le nom « Grand Ole Opry » restera définitivement lié à cette émission.  Dès 1932, « George D. Hay » organise sous des chapiteaux, des spectacles au modèle de l‘émission de radio, et qui attirent alors des foules gigantesques.  C'est en 1941 que le « Grand Ole Opry » emménage au « Ryman Auditorium ».  Cette année là, le réseau NBC rachète le réseau et diffuse l’émission à travers tous les Etats-Unis.  Au fil des ans, le « Grand Ole Opry » devient une institution et un passage obligatoire pour des musiciens qui vont ouvrir la voie au professionnalisme.  Quelques-uns de ces premiers professionnels qui enregistraient sans musiciens de studio, et dont l’œuvre musicale est aujourd’hui incontestable ont inspiré les générations suivantes.  Ce sont entre autres « Jimmie Rodgers et la Famille Carter » qui est composée de « A. P. Carter » son épouse « Sara » ainsi que sa belle-sœur « Maybelle ».  Ce groupe interprète des ballades en chantant en harmonie derrière un ‘leader ‘.  Il ont un répertoire de plusieurs milliers de chansons, leur jeu de guitare est des plus fluide et délié.  Ce style de guitare appelé le ‘carter style’ utilise les cordes basses pour jouer les mélodies, tout en conservant le rythme en brossant les cordes aiguës maintenues sur l’accord; c’est un des facteurs déterminants du succès de la « Famille Carter ».  Pour « Jimmie Rodgers », il apparaît en fait comme un chanteur de blues.  Durant sa courte carrière, il grave plus de 111 faces, dont la majorité sont des compositions personnelles tirées de son expérience avec une prédominance pour le blues.  Il est sans doute le premier véritable soliste de cette musique.  En effet, il a atteint une notoriété nationale grâce à sa personnalité et son style de musique.  Il a également créé beaucoup de vocations dont celle de « Gene Autry et Hank Snow ».   Par ailleurs « Jimmie Rodgers »  a bouleversé totalement la Musique Country; il l’a fait sortir du cocon montagnard Appalachien, personnifié par le style « Old Time » et lui a donné son ampleur.  Sa figure légendaire a suscité un véritable culte et c’est à juste titre qu’il fut le premier artiste a avoir été élu au « Country Hall Of Fame » en 1968 (musée à la gloire de la Musique Country).  Il est reconnu et salué comme le véritable fondateur de la Musique Country. 

 

C’est au cours du 20ème siècle que l’ouest Américain se peuple lentement au prix de nombreuses batailles avec les indiens. Cela donne bientôt naissance à de petites villes.  Ces grands espaces sont surtout peuplés par les grands troupeaux de vaches que mènent les fameux cow-boys.  Sur place, quelques journaux relatent la vie locale souvent en amplifiant les faits, et dont l’exactitude de ces derniers reste à prouver.  Pourtant, c’est en vantant les mérites de l’Ouest que bientôt tous les États-Unis, et même l’Europe entière se passionneront pour le « Far West ».  C’est là que l’image romantique et fantastique du cow-boy est née.  Cette image s’impose bientôt avec force dans la littérature, le cinéma et aussi la musique.  Bientôt, tout ce qui fait référence au « Far West » connaît un succès populaire.  Si pourtant la saga de l’ouest a bel et bien existé, la musique western, celle avec les « Cow-boys chantant » n’a eu que peu de temps pour se développer et ainsi donner naissance à un courant suffisamment important.  La musique western, qui s’est véritablement constituée dans les années 1920 - 1930, s’est donc principalement appuyée sur l’authentique « Cow-boy chantant ».  C‘est dans la solitude des cow-boys qui vivaient très durement et précairement, qui avaient toujours le risque d’un danger physique, qui ne dormaient pas assez et qui n’avaient aucune femme, que naissent les chants de cow-boys.  Ceux-ci sont basés à l’origine sur un poème écrit traitant de la vie de l’ouest et paru dans un journal local, puis chanté par un cow-boy sur un air du répertoire connu anglo-irlandais, qui transmet cela à ses compagnons, et qui eux-mêmes, font de même… En fait, tous les thèmes étaient chantés sur les 4 ou 5 mêmes airs de base, sans accompagnement musical.  Ces chants de cow-boy servaient surtout à rompre la monotonie et la solitude avec soi-même, ce qui peut expliquer qu’aucun cow-boy ne fut réellement bon chanteur et bon musicien.  Si l’on ajoute à cela la période des grands troupeaux, qui ne fut que très brève (1875 – 1900), on comprend que l’héritage musical ne peut être que très pauvre.  Toutes ces ballades vont bientôt passer dans le répertoire de la Musique Country par le biais des « Cow-boys chantant » du cinéma parlant.  Ces westerns que tournent de véritables Cow-boys, font voir au monde la vie de l’ouest.  Mais si ces acteurs sont de vrais Cow-boys, ce sont de bien piètres comédiens, et bien souvent, on s’aperçoit que leur jeu est plutôt catastrophique. Pour masquer tout cela en 1930, on décida de les faire chanter plutôt que  parler, ceci dans le but de cacher leurs défauts d’élocution.  Le résultat est alors inattendu : le succès est considérable.  Le film est « The Wagon Master ».  L’un de ces célèbres chanteurs est nul autre que « Gene Autry », qui avait pris la place du « Cow-boy chantant » dans un film, afin de cantonner ce dernier uniquement aux scènes de bagarres et d’actions.  D’autres célébrités sont : « Roy Rogers du groupe Sons of The Pioners et Patsy Montana » avec le très célèbre « I Want To Be A Cow-boy Sweetheart » en 1935. Mais dès 1945, avec l’évolution du cinéma, des technologies, et le besoin de renouveau, le style s’étouffe peu à peu.  C’est en 1955 que « Rex Allen » devient le dernier « Cow-boy chantant » du cinéma avec le film « Down Laredo Way ».

 

Dans les années 1930, la musique montagnarde ne change presque pas mais poursuit un approfondissement et un prolongement de la ‘tradition Old time’.  Nashville et le « Grand Ole Opry » se flattent de résister à la corruption de la Musique Country.   Vedette du « Grand Ole Opry », « Roy Acuff » forme un petit orchestre, « les Smokey Mountain Boys (Speckled et Wabash Cannon Ball) ».  En modernisant constamment son orchestre, « Roy Acuff » a peu à peu joué un rôle de défenseur farouche de la tradition montagnarde au « Ole Opry ». 

 

Au début des années 1940, c’est toute la musique traditionnelle Appalachienne qui est en déclin.   De plus, l’influence de la Musique Country d’origine montagnarde se ressert géographiquement pour se situer autour de Nashville et des États du Sud Appalachien.  Face à cette situation, il devient de plus en plus inévitable que la Musique Country s’ouvre aux autres sons modernes de la musique du Sud Ouest pour qu’elle puisse survivre.  

 

Quatrième partie

 

Western Swing....

 

C’est dans les années 1930 qu’est né le « Western Swing » au Texas.  Un État alors relativement peu peuplé.  Mais le pétrole change tout cela et attire de nombreuses personnes dans ces lieux semi-désertiques, alors ouverts à toutes sortes de musiques, mais surtout influencés par le jazz de la Nouvelle-Orléans et la musique mexicaine. Il y avait bien le chant Cow-boy et la tradition anglo-irlandaise, mais ils ne s’imposaient pas vraiment.  Le Texas, de par son exploitation pétrolière, se peuple rapidement jusqu’à la fin des années 1920.  Les nouveaux habitants apportent avec eux la tradition de leur région, notamment celle des orchestres à cordes des Appalaches, mais aussi les réunions communautaires du samedi soir.  Les Texans ont du mal à accepter la morale des gens venus des Appalaches, ainsi que les danses où l’on ne se touche pas vraiment.  Ces réunions du samedi soir connaissent un très grand succès, de sorte que les salles devenues trop petites, s’agrandissent au point tel que l’on n’entend bientôt quasiment plus les orchestres jouer. Les orchestres eux aussi s’agrandissent rapidement, y ajoutant des cuivres comme à la Nouvelle-Orléans, une section rythmique basse, batterie, et ensuite des instruments électriques empruntés au blues et au jazz.

 

La musique texane des années 1930 sert surtout à distraire et à faire danser, souvent sur des paroles absurdes et des jeux de mots douteux.  Cette musique dégage par-dessus tout un swing irrésistible, d’où le nom qu’on lui a progressivement attribué.  De nombreux artistes de « Western Swing » ont également joué dans des westerns cinématographiques. Cependant le « Western Swing » a ouvert la voie à tous les autres genres de la Musique Country, dans laquelle on a introduit l’improvisation instrumentale.  Il existe deux phénomènes musicaux particuliers qu’il ne faut pas négliger.  Il s’agit tout d’abord de la musique cajun, qui se caractérise par une prédominance du folklore français imbibé de blues noir et de violon Appalachien.  À côté du traditionnel violon,  l’instrument privilégié de la musique cajun, il y a l’accordéon apporté par les allemands au cours du XIXième siècle.  La musique cajun va incorporer à ses composantes d’autres éléments comme le « Western Swing » et le Rythm and blues noir des années 40.  Le second phénomène qui est très particulier est celui de « Woody Guthrie ».  Compositeur de textes très ‘littéraires’ chaleureux et généreux, il s’exprime dans la plus pure tradition country.  Son style de guitare est inspiré de « Maybelle Carter » de la « Famille Carter ».  Très fidèle à sa personnalité, « Woody Guthrie », restera en marge de ce courant.  

 

L’un des pères fondateurs de ce style n’est nul autre que le célèbre violoniste « Bob Wills », grand ami du père de « Lee Roy Parnell ».  Il y eu aussi « Milton Brown, Bill Boyd, Spade Cooley ».  Cependant, l’après-guerre sonne le déclin du « Western Swing », avec entre autres l’arrivée des « Juke-Boxes », plus rentables que les grands orchestres de « Western Swing » qui s’éteignent doucement dans les années 1950.

 

Les bouleversements de l’après-guerre, les doutes, les interrogations, l’existence du sud rural prolétaire, l’incorporation massive des jeunes dans l’armée vont influencer grandement la Musique Country.  L’innocence et la naïveté des thèmes des années 1930 laissent place progressivement à la nostalgie et à l’amertume.  C’est ce qu’explique dans sa chanson « Ted Daffan » avec « Born To Lose » qui devient un succès auprès des travailleurs sudistes.  Ce morceau a été superbement repris par « LeAnn Rimes ».

 

Dès lors, des sujets tabous, autrefois interdits dans la Musique Country y font leur apparition : le divorce, l’alcool, l’infidélité, le tabac, la vie dissolue… La morale d’hier est encore trop proche pour ne pas laisser de traces, cette nouvelle vie est vécue comme une trahison, une débauche.  C’est ainsi que peu à peu, cette musique amère, désabusée et pessimiste devient prédominante dans le country.  Le lieu central d’action de ces chansons sont les bars miteux, les « Honky Tonk ».

 

Après l’après-guerre, les grandes maisons de disques ont du mal à trouver les goûts musicaux de l’auditoire.  C’est dans ce flou artistique, alors que les coûts de production et de fabrication de disques diminuent que les ‘labels’ indépendants voient le jour.  Ils essaient  dès lors d’occuper des créneaux peu exploités par les majeurs.  Ces musiques sont souvent le résultat du brassage de populations minoritaires, c’est ainsi que de nouvelles compagnies indépendantes vont donner le jour au « Honky Tonk ».

 

Honky Tonk....

 

vers les années 1940, le « Honky Tonk » prend ses racines dans la grande crise de 1930 et dans le pessimisme prédominant de cette décennie. Le « Honky Tonk » est le prolongement logique de la Musique Country dans son histoire.  En fait, il succède au « Western Swing » au fur et à mesure que la formule des grands orchestres devient plus viable.

 

La formation d’un groupe de « Honky Tonk » est souvent la même : un chanteur (souvent guitariste), une guitare électrique, un violon, un piano, une contrebasse, une batterie et une steel guitare qui devient un instrument prédominant à cette époque, et qui aujourd’hui reste encore un emblème du country.  Venu à l’origine du Texas, le « Honky Tonk » devient aussi la musique préférée des Appalaches, ce qui est étonnant, puisque c’est la réunion d’un style moderne et d’un style nettement plus traditionnel. A la fin de la guerre, les groupes de Nashville s’inspirent énormément du style ‘jazz hot’ qui vise à faire danser. C’est le mélange du style Appalachien et de la musique de l’ouest : « Carl Smith, Ernest Tubb (la chanson « Walking The Floor Over You » connaît un énorme succès en 1942), Merle Travis, Lefty Frizzel (repris récemment par « Merle  Haggard » avec « If You Got The Money, I’ve Got Yhe Time » qui date de 1950), Tennessee Ernie Ford…

 

Étant écrivain, dessinateur, compositeur, acteur de cinéma, chanteur et guitariste « Merle Travis » devient un des pionniers du « Honky Tonk » à partir de 1946.  Il grave une série de pièces rythmées, pleines de verve et d’humour « So Round, So Firm, So Fully Packed… ».  Il a eu beaucoup d’influence sur « Chet Atkins et Doc Watson ».  En 1946 « Hank Thompson » débute dans le genre « Western Swing ».  Il devient vite une vedette du « Honky Tonk » avec « Wild Side Of Life », car il a su adapter sa musique pleine de swing et d’humour aux nouveaux courants de la Musique Country.  

 

Le « Honky Tonk » était vraiment le mixage de tous les styles de country d’avant-guerre, et a vu la synthèse de sa particularité au sommet, avec un chanteur qui apparaissait comme un pur chanteur « Honky Tonk »;  celui-ci a influencé la plupart des musiciens actuels et j’ai nommé « Hank Williams ».  Ses chansons « Cold Cold Heart, Jambalaya, Your Cheat’ Heart » ont été reprises par tous les grands de la Musique Country, mais aussi par des gens comme « Ray Charles, Elvis Presley, Tony Bennett… ».  Il est mort alcoolique à 29 ans alors qu’il était une superstar…  Il sera élu au « Country Hall Of Fame » en 1961 et il se révèle comme une des figures emblématiques de la Musique Country.

 

Il apparaît alors de nouveaux artistes qui n’utilisent pas les sons jazzy du « Honky Tonk ».  C’est le cas par exemple de « Slim Whitman » ou encore « d’Hank Snow ».  Ce dernier devenu vedette au « Grand Ole Opry » a toujours lutté contre la sur-commercialisation de la Musique Country.

 

Parallèlement à cela se développe un courant féminin de la Musique Country.  La guerre, qui donne une autre place économique et sociale à la femme, provoque ce changement.  Ces solistes féminines se partagent dorénavant la vedette avec les solistes masculins, alors que quelques années plus tôt, leur présence était surtout à l’intérieur de groupes.  Voici quelques exemples de « Honky Tonk Girls ».  D’abord « Kitty Wells », première grande vedette féminine (qui a commencé en duo avec son mari « Johnny Wright ») ; elle s’impose en solo en 1952 avec « It Wasn’t God That Made Honky Tonk Angels ».  Il y a aussi « Laverne Williamson » qui mêle la tradition montagnarde aux rythmes du « Honky Tonk ».   En outre, « Jean Shepard » est considérée comme le modèle féminin du « Honky Tonk », alors que « Rose Maddox » influencée par le « Western Swing » va se distinguer par sa musique swingante qui la fera apparaître comme une précurseur du « Rockabilly ». 

 

Le « Honky Tonk » connaît un succès commercial sans précédent, les ventes atteignent des sommets. De nos jours encore le « Honky Tonk » a toute sa place, et ce n’est pas des artistes comme « Heather Myles » ou bien même « Alan Jackson » sur bon nombre de ses morceaux qui contrediront cet état de fait.

 

Cinquième partie

 

Bluegrass…

 

Dans les années 1940 – 1950, le « Honky Tonk » est triomphant, faisant même l’unanimité.  C’est en partie en réaction à cette ‘débauche morale et musicale’ que « Bill Monroe » se présente comme un fervent défenseur de la tradition montagnarde et de la musique « Old Time ».  Débutant dans les années 1930, mais n’émergeant réellement que dans les années 1930 – 1940, le « Bluegrass » est à son heure de gloire dans les années 1940 à 1950.  Utilisant des instruments traditionnels acoustiques, « Bill Monroe » au doigté très rapide, et « Earl Scruggs » développent la virtuosité du jeu, notamment de la mandoline mais aussi du banjo, et surtout ces fameuses harmonies vocales avec une justesse de chant impressionnante. 

 

La particularité du « Bluegrass » est la succession de solistes, souvent virtuoses, qui improvisent, choses reprises aux petites formations de jazz, mais avec les instruments typiques du « Bluegrass », tels que la mandoline, guitare, banjo, contrebasse, dobro et violon.  Si le « Bluegrass » se veut réactionnaire vis-à-vis du « Honky Tonk » ou du « Western Swing », il n’en est pas moins révolutionnaire dans le jeu et l’originalité.  Par ailleurs, le « Bluegrass » a pour objectif de redonner des morales et de stopper les exagérations du « Western Swing » puis du « Honky Tonk ».  « Bill Monroe » se veut un défenseur de la morale et de la tradition.  Ce n’est pas pour rien qu’il se présente en scène avec un costume et un grand chapeau blanc.

 

De nos jours, et depuis la bande originale du film « O’Brother », le « Bluegrass » fait un impressionnant retour en force.  Bien que depuis son invention, il ne soit

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